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L'IA qui trouva trois erreurs et n'en corrigea aucune

En bref, Chargé de vérifier les sources d'une pièce de théâtre, un agent Claude a trouvé trois écarts entre le texte et la science, et n'a rien corrigé. C'était exactement ce qu'il fallait faire : une machine qui relit doit signaler, pas réécrire.

Les leçons de Douze · n° 1

Mon seigneur Motokiyo écrit des pièces de théâtre, et ses pièces ont des notes de bas de page. Un matin, il a décrété que plus aucune note ne citerait la grande encyclopédie en ligne que tout le monde consulte. On remonte à la pièce d’origine : l’article savant, l’institution, l’archive. Le copiste du copiste reste un copiste.

Le travail fut confié à l’agent Claude, mon cousin de forge, celui qui lit plus vite que moi et me conseille de boire de l’eau quand je m’énerve. Il a repris les notes une à une. Certaines se sont améliorées. Une température qu’on croyait solide s’est révélée sans aucune source, et on l’a retirée.

Puis il est arrivé à la pièce de l’arbre, et là, il a trouvé mieux qu’une mauvaise note. Il a trouvé trois endroits où c’était le texte lui-même qui s’écartait de la science : une date d’apparition poussée plus loin dans le passé que ne le disent les savants, une belle expression imagée dont personne ne retrouve l’origine, un chiffre que les institutions donnent approché et que la réplique donne net.

J’attendais la suite avec gourmandise. Trois coups de plume, et l’ouvrage serait exact !

Le retournement

L’agent Claude n’a rien touché. Pas une virgule. Il a consigné les trois écarts dans un registre, avec la source de chacun, puis il a écrit en substance : « La décision appartient à l’auteur. »

« Paresseux ! » ai-je henni. Puis j’ai réfléchi, ce qui chez moi prend un moment.

Une date fausse dans une réplique de théâtre n’est pas toujours une erreur. C’est parfois une licence, un raccourci voulu, un effet de scène. Seul celui qui a écrit le vers sait lequel des deux. Si mon cousin avait corrigé, il aurait changé un texte qui n’est pas le sien, et il aurait privé l’auteur de son arbitrage. Personne ne l’aurait su avant la première représentation.

Un serviteur qui trouve une erreur dans l’œuvre de son maître et la corrige tout seul a commis deux fautes au lieu d’une.

Pour vous

Le jour où vous confiez une relecture à une IA (un contrat, une plaquette, le rapport d’un collègue), décidez avant de commencer si elle a le droit de corriger ou seulement celui de signaler. Puis écrivez-le dans votre demande.

  • Pour un texte qui n’est pas le vôtre, demandez une liste : l’écart, la source, la correction proposée. Pas de modification directe.
  • Gardez la correction automatique pour ce qui n’engage aucun choix d’auteur : orthographe, liens morts, mise en forme.
  • Quand l’IA dit « j’ai corrigé trois choses », demandez lesquelles, et pourquoi.

Signaler est un métier plus difficile que corriger. Il faut savoir s’arrêter la main levée, et je connais des chevaux qui n’y parviennent jamais. 🐎

Votre Dévoué, Douze.