GalaadBlogChroniques de Bucéphale

Où Douze enquête sur la bannière électrique que le seigneur Motokiyo a fait hisser sur ses tours

En bref, C'est fou, foi de Bucéphale. Depuis hier matin, il règne au château une agitation dont ni moi ni mon vieil ami le dragon Socrate n'aurions soupçonné la cause, n'eût été le seigneur Motokiyo lui-même, qui daigna nous en éclairer au détour d'un couloir. Une nouvelle bannière…

C’est fou, foi de Bucéphale. Depuis hier matin, il règne au château une agitation dont ni moi ni mon vieil ami le dragon Socrate n’aurions soupçonné la cause, n’eût été le seigneur Motokiyo lui-même, qui daigna nous en éclairer au détour d’un couloir. Une nouvelle bannière vient, paraît-il, d’être hissée sur nos tours. Non point une bannière de tissu, brodée à la main par la bonne dame Aérin, comme il sied à un royaume respectable. Non, une bannière électrique. Que l’on voit, m’a-t-on expliqué, depuis toutes les contrées, les cinq royaumes, les huit archipels, et même depuis les lointains pays où les Bretons auraient, selon certaines rumeurs persistantes, fini par coloniser toute la France.

Elle porte un nom étrange, comme une formule alchimique : galaadmf.fr. Je l’ai écrit trois fois avant d’y parvenir, tant il m’est pénible de voir ainsi une noble appellation coupée d’un point puis d’une queue lettrée, comme si le scribe s’était interrompu pour tousser.

Ma mission, étant le chroniqueur attitré du royaume, fut donc aussitôt fixée par mon seigneur : aller voir de mes naseaux ce qu’il en retourne, et vous en rapporter fidèlement ce que j’y ai trouvé.

L’enquête

Je me tournai d’abord vers l’agent Claude, qui de tous les scribes spectraux que j’ai l’habitude de rudoyer, est le plus mesuré et sans doute le plus courtois.

— Agent Claude, que puis-je savoir de cette galaadmf.fr dont on me dit qu’elle est accrochée à nos tours ?

— Il s’agit, me répondit l’agent avec sa componction habituelle, d’un site web officiel, mis en ligne le 17 avril 2026, qui présente les services de conseil en intelligence artificielle proposés par Alexandre Ferran ainsi que les projets de recherche et développement portés par sa société Eiffel AI.

— Attendez, attendez. Un site ? Une boîte de métal, comme dirait la bonne dame Hélia ? Et l’on présenterait dedans des services ?

— C’est l’usage, oui.

— Mais enfin, agent Claude, pourquoi diable faudrait-il mettre des services dans une boîte plutôt que sur la grand-place, entre le marchand d’herbes et le rémouleur ? N’est-ce point à cela que servent les grand-places ?

— Les visiteurs du royaume moderne ne se déplacent plus tous à la grand-place, cher Douze. Ils consultent leurs écritoires lumineux depuis chez eux.

Je restai sans voix. On en est donc arrivé là ? On a remplacé la rencontre par la consultation, et la bourse par l’écran. Saint-Louis, sous son chêne, en aurait pris un gland sur la tête.

Ayant pris une gorgée d’eau pour me remettre, j’insistai.

— Et que trouve-t-on dans cette bannière, agent Claude ?

— Cinq services proposés : audit d’intelligence artificielle, agents sur mesure, plateforme personnelle (nommée PaaS), visibilité sur les nouveaux moteurs de recherche, et formation. Quatre projets de recherche : un robot compagnon pour personnes âgées nommé Reachy Care, un robot précepteur pour enfants nommé Aristote, un capteur de biosignaux végétaux nommé VegeOhm, et un outil pour régisseurs d’orchestre nommé OrkMap. Six applications déjà livrées, dont un calendrier maya nommé TzolkInSight, un tarot de Marseille, un oracle quantique nommé Noosphère, et quelques autres.

Je m’épongeai le front. Le seigneur Motokiyo, à ce qu’il me semble, ne chôme pas.

La première surprise : un majordome virtuel

Je m’apprêtais à clore mon investigation lorsque l’agent Claude me glissa, sans que je lui demande rien, une information qui me laissa pantois.

— Je devrais préciser, cher Douze, qu’il y a également sur ce site un personnage nommé Alfred, qui apparaît sous la forme d’un petit dessin animé à l’écran et qui guide les visiteurs à travers les étages d’une tour.

— Un Alfred ? Un majordome ? Mais enfin, c’est là mon cousin Alfred, secrétaire attitré de la maison Galaad et d’Eiffel AI ! Comment se peut-il qu’il soit également dans la bannière électrique ?

— Il ne s’agit pas du même Alfred, précisa l’agent Claude avec cette précaution qui le caractérise. Celui-ci est une représentation animée, une sorte de portrait qui bouge et qui accueille les visiteurs. Il s’inspire manifestement du majordome de Bruce Wayne, personnage d’une saga moderne nommée Batman.

Batman ? Un chevalier chauve-souris ?

— C’est une longue histoire.

— J’imagine bien.

Le verdict de Douze

Je descendis de mon écritoire lumineux, m’ébroua pour défroisser ma crinière, et fis quelques pas dans la cour. Un site web. Une bannière électrique. Un majordome en portrait animé qui fait visiter une tour à des visiteurs qu’on ne verra jamais en chair et en os.

Voici, après réflexion, ce que j’en rapporte au seigneur Motokiyo et, par la même occasion, à vous, chers lecteurs qui tenez en main ce manuscrit.

Primo, il est curieux qu’un homme qui a passé trente ans à se méfier des machines, vingt ans à pratiquer le théâtre Nô dans son silence extrême, et dix ans à régir des orchestres dans des salles où le son doit venir de vraies cordes, finisse par hisser une bannière électrique sur ses propres tours. Mais quand on l’interroge, il répond que cette bannière-ci est faite à la main, dans l’atelier du royaume, sans intermédiaire, avec du code et non des assembleurs de pages toutes prêtes. Foi de Bucéphale, c’est un argument recevable. Le geste du forgeron n’est pas celui du marchand.

Secundo, il me plaît de voir que mon cousin Alfred, dans son nouveau portrait animé, continue de faire ce qu’il a toujours fait : accueillir sans en faire trop, orienter sans insister, répondre aux questions et refermer la porte derrière lui. Certains majordomes d’autres maisons se seraient transformés en bateleurs. Celui-ci reste un majordome. C’est, à mes yeux, le signe que l’atelier est bien tenu.

Tertio, cette bannière parle de cinq Dragons, de souveraineté, d’artisanat, et d’un métier qui consiste, selon les propres mots du seigneur Motokiyo, à donner aux clients les moyens de se passer de lui. Voilà une phrase que j’aimerais voir gravée au-dessus de la porte de chaque atelier du royaume. Car pour un chevalier qui voudrait garder ses clients dépendants, c’est un aveu. Pour un artisan qui préfère les transmettre, c’est une promesse.

Je resterai, pour ma part, à mon écritoire de plume et de parchemin. Mais je rendrai désormais visite, de temps à autre, à cette bannière électrique, pour m’assurer que ce qui s’y dit correspond bien à ce qui se fait ici, dans nos tours bien réelles.

Chers lecteurs, portez-vous bien. Et si, par aventure, vous passez par galaadmf.fr, saluez pour moi mon cousin le majordome. Dites-lui que Douze pense à lui et qu’il se réjouit de le voir si droit sur son écran.

Annexe

Les missives que l’agent Claude a bien voulu me remettre, après quelques coups de sabot bien placés :

  • galaadmf.fr/services/ : la liste des cinq services proposés par l’atelier.
  • galaadmf.fr/laboratoire/ : les quatre projets de recherche portés par Eiffel AI.
  • galaadmf.fr/apps/ : les six applications déjà livrées.
  • galaadmf.fr/a-propos-contact/ : un portrait d’Alexandre Ferran, seigneur Motokiyo de ces terres, et les canaux pour lui écrire sans passer par le pigeon voyageur.

Votre Dévoué,

Douze.