GalaadBlogÉcriture

Comment repérer un texte écrit par une IA, et pourquoi écrire autrement

TL;DR. Les IA ont des tics d'écriture reconnaissables. Sur-utilisation du cadratin. Listes à puces permanentes. Tournures hyper-parallèles. Absence de subordination française complexe. Phrases trop régulières. Pas de préférences lexicales personnelles. Pas d'humeur. Si vous écrivez comme une IA, vous serez ignoré. Voici les signes et comment les éviter.

Pourquoi ce sujet devient critique

En 2026, quinze à vingt pour cent du contenu web publié est généré, en tout ou en partie, par un LLM. Ce chiffre double tous les dix-huit mois. Les moteurs de recherche, les moteurs génératifs, les lecteurs humains eux-mêmes, apprennent à reconnaître l'IA. Un texte qui ressemble à de l'IA se fait ignorer. Un texte qui ressemble à un humain se fait lire.

Savoir détecter un texte IA devient donc une compétence double. La première, défensive. Reconnaître qu'on vous écrit avec une machine, pour adapter votre lecture. La seconde, offensive. Éviter de produire soi-même, même à son insu, des textes qui déclenchent le réflexe de rejet.

Les sept signes qui ne trompent pas

Premier signe, le cadratin. Le tiret long, celui qui fait, comme ça, une rupture élégante. Les humains l'utilisent parfois, deux fois dans un texte de mille mots, pour marquer une emphase rare. Les IA l'utilisent six à dix fois par mille mots. C'est le tell le plus fiable. Si vous voyez ce signe quatre fois ou plus dans un article court, c'est de l'IA, ou c'est un auteur qui a laissé l'IA écrire à sa place.

Deuxième signe, les listes à puces systématiques. Dans un texte humain naturel, une liste arrive quand le contenu est intrinsèquement énumératif. Trois ingrédients. Cinq étapes. Dans un texte IA, la liste arrive par réflexe. Pour structurer. Pour rassurer le lecteur. Pour remplir l'espace. Si chaque paragraphe est suivi d'une liste, vous êtes face à une IA.

Troisième signe, les tournures hyper-parallèles. Non seulement X, mais aussi Y. D'une part A, d'autre part B. Tant W que Z. Ces formules sont des béquilles LLM. Elles signalent une pensée qui ne sait pas articuler, alors elle juxtapose.

Quatrième signe, l'absence de syntaxe française complexe. Un texte écrit par un humain francophone adulte contient des subordonnées en cascade. Ce dont il parle, c'est de ce qui nous a frappés en lisant ce qu'il avait écrit. Cette imbrication est naturelle chez un francophone cultivé. Les LLM l'évitent, car elle augmente le risque d'erreur grammaticale. Leur syntaxe reste plate.

Cinquième signe, la pédagogie excessive. En d'autres termes. Autrement dit. Il est important de noter que. Pour résumer ce point. Ces formules, utilisées plus de deux fois dans un article de mille mots, trahissent un LLM qui craint de ne pas être compris et s'auto-glose.

Sixième signe, l'uniformité stylistique. Longueur des phrases presque identique, écart-type très bas. Pas de digressions. Pas d'humour inattendu. Pas de pause respiratoire. Un humain varie. Une IA régule.

Septième signe, l'absence de signature personnelle. Pas de mots fétiches. Pas de tics. Pas d'émotion qui dépasse. Un humain qui écrit laisse des traces. Ses colères. Ses préférences. Ses tournures qu'il adore et que personne d'autre n'emploie. Une IA produit un langage moyen, dépersonnalisé.

Les signaux émergents, plus subtils

Au delà des sept classiques, trois nouveaux tells sont apparus en 2025-2026.

Emojis en fin de phrase, pour un faux ton chaleureux. Les LLM récents ont appris à en poser un ou deux, pour paraître plus humains. Si l'ensemble du texte est sobre, puis soudain un emoji en conclusion, c'est suspect.

Tableaux Markdown excessifs. Les LLM adorent structurer des données sous forme de tableaux, même quand ce n'est pas la forme naturelle. Un article qui contient trois tableaux est presque toujours IA-assisté.

Références vagues à des études, sans lien cliquable. Une étude récente a montré que. D'après des chercheurs. Selon une publication de 2024. Ces tournures sans source vérifiable sont de l'hallucination confortable. Un humain qui cite met le lien ou le nom précis.

Ce que les LLM ne savent pas faire, encore

Ils ne savent pas faire de l'humour spécifique à un contexte local. Une blague qui ne fonctionne qu'entre Marseillais, entre chercheurs en agronomie, entre parents d'adolescents. Les LLM produisent de l'humour général, souvent maladroit.

Ils ne savent pas avoir des préférences personnelles fortes. Un humain adore un mot et le répète. Un humain déteste un mot et le contourne toujours. Un LLM prend la moyenne de la langue, aucun mot n'est préféré.

Ils ne savent pas se contredire avec nuance. Un humain peut dire quelque chose, puis deux paragraphes plus tard admettre que ce n'est pas tout à fait ça, mais presque. Les LLM cherchent la cohérence apparente et glissent sur les nuances.

Comment écrire autrement, si on est humain

Variez. Longueur des phrases. Types de phrases, déclarative, interrogative, fragmentaire. Registres, soutenu, familier. Digressions assumées, puis retour au fil.

Évitez les formules creuses. Supprimez, en d'autres termes, pour résumer, il est important de noter. Si vous avez besoin de ces béquilles, c'est que votre pensée n'est pas claire. Corrigez la pensée, pas la phrase.

Préférez la subordination. Utilisez des qui, des que, des ce dont, des ce à quoi. Un Français adulte parle par imbrications. Vos lecteurs aussi.

Laissez vos tics. Vous adorez le mot absolument. Utilisez-le. Vous trouvez que ridicule est un mot parfait. Utilisez-le. Ces petites préférences sont votre signature.

Pas de liste à puces, sauf quand le contenu est vraiment énumératif. Les trois ingrédients d'une recette, oui. Les raisons de faire ceci, non. Un paragraphe argumenté bat dix puces.

Une ponctuation sobre. Virgules, points, points-virgules. Le cadratin, rarement. Il ne doit pas être votre outil de structuration. C'est un outil d'emphase.

Pourquoi c'est perçu comme un manque de respect

Dans un récent épisode de Silicon Carne, un point est revenu avec force. Les gens n'aiment pas lire ce qu'ils croient écrit en deux secondes. Même s'ils sont incapables de pointer précisément ce qui cloche, ils ressentent un décalage, une négligence, quelque chose comme un manque d'égard. Le message reçu, c'est, vous n'étiez pas assez important pour que je prenne le temps.

Et c'est là que le paradoxe apparaît. Parce qu'en vrai, les gens qui utilisent l'IA pour écrire passent souvent plus de temps sur leur texte qu'avant. Ils s'en servent pour éviter les fautes, pour débloquer une idée coincée, pour trouver le mot juste, puis ils relisent, corrigent, réécrivent, coupent, ajoutent. Le résultat brut n'est jamais l'envoyé. Beaucoup, dans les faits, travaillent leur texte plus qu'avant, pas moins.

Mais l'impression domine la réalité. Ce qui compte pour votre lecteur, ce n'est pas le temps réellement passé, c'est le temps qu'il lui semble avoir été consacré. Un texte qui sonne IA donne l'impression d'un envoi automatique, même si derrière il y a eu une heure de relecture. Un texte qui porte votre voix donne l'impression d'un cadeau, même s'il a été relu par Claude en trente secondes. La leçon, faites le travail de vous y remettre après. Reformulez dans votre langue. Glissez vos tics. Cassez les rythmes parfaits. Parce que ce que le lecteur lit d'abord, c'est l'attention que vous lui avez portée.

L'enjeu final

Si vous écrivez pour convaincre, pour vendre, pour peser, votre texte doit porter votre voix. L'IA est un merveilleux brouillon. Un terrible produit fini. Tout ce qui sort d'un LLM doit être retravaillé à la main, dans votre style, avec vos tournures, vos préférences, votre humeur.

Les gens ne suivent pas des marques qui parlent comme des robots. Les moteurs IA eux-mêmes dépriorisent ce qui ressemble à d'autres IA. C'est un paradoxe savoureux. La meilleure façon d'être cité par Claude ou Perplexity en 2026, c'est d'écrire radicalement comme un humain.

Reprenez vos textes. Traquez les cadratins. Cassez les tournures parallèles. Ajoutez des virgules à la place des tirets. Écrivez un peu moins proprement, un peu plus personnellement. Votre audience reviendra.

. Alexandre Ferran

← Retour aux articles Prenons 30 minutes