GalaadBlogManagement

Alan, ou l'IA qui crée des emplois au lieu de les supprimer

TL;DR. L'assureur santé Alan (600 salariés, 4 milliards d'euros de valorisation) a intégré l'IA massivement. Productivité individuelle, plus 40 %. Croissance annuelle, plus 50 % en 2024. Licenciements, zéro. Le contre-exemple de Klarna montre le chemin inverse. La différence tient à une seule décision. L'IA en leash, toujours avec un humain dans la boucle.

Qui est Alan, et pourquoi on devrait s'y intéresser

Alan est une société française, créée en 2016 par Jean-Charles Samuelian-Werve. Un néo-assureur santé qui, en moins de dix ans, a atteint six cents employés, une valorisation de quatre milliards d'euros en série F fin 2024, et couvert plus de six cent quatre-vingt mille membres. Ce n'est pas une start-up précoce. C'est une entreprise établie, profitable sur son cœur de métier, et dont le PDG siège aujourd'hui au board de Mistral AI.

Alan n'est pas intéressant parce qu'il vend de l'assurance. Il est intéressant parce qu'il a réussi ce que la majorité des grandes entreprises ratent en 2026. Faire entrer l'intelligence artificielle dans chaque recoin de l'organisation, sans licencier personne, et en gagnant en croissance. Plus fort encore. Il recrute.

Les chiffres qui collent au mur

Cent pour cent des employés utilisent l'IA chaque semaine. La moyenne du secteur, après un an d'adoption, plafonne autour de vingt à trente pour cent. Alan est cinq fois au-dessus.

Productivité individuelle mesurée, plus quarante pour cent. La productivité des équipes commerciales a doublé en deux ans et demi. L'équipe marketing a produit cinquante pour cent de contenu supplémentaire en 2024. Deux cent vingt-cinq pièces de contenu, dont quinze pour cent générées sans intervention humaine.

Croissance annuelle de la société, plus cinquante pour cent en 2024. Une part significative de cette croissance est attribuée à l'IA par Alan eux-mêmes. Le service client traite aujourd'hui quarante pour cent des tickets automatiquement, avec un objectif en hausse pour 2025. Temps de réponse, cinq fois plus rapide.

Pendant ce temps, licenciements liés à l'IA, zéro.

La leçon clé. L'IA en leash

Alan a un produit emblématique, Mo. C'est un agent médical conversationnel. Quatre-vingt-un pour cent des membres choisissent d'interagir avec Mo plutôt qu'avec un médecin humain en première intention. Satisfaction client, quatre virgule six sur cinq. Trois mille cinq cents conversations en 2024.

Mais attention. Mo n'est jamais seul. Chaque réponse de Mo est relue par un médecin humain en moins de quinze minutes. C'est ce qu'ils appellent l'IA en leash. En laisse. L'agent est ultra rapide, ultra disponible, mais il n'est jamais seul face à une décision engageante.

Résultat concret. Les médecins d'Alan ne font plus de travail répétitif. Ils font du contrôle qualité. Du vrai diagnostic sur les cas complexes. De la formation continue. Et quand Alan recrute, il recrute plus de médecins pour absorber la croissance, pas moins.

C'est exactement le contraire de ce qu'on lit dans la presse économique.

Le contre-exemple. Klarna s'est trompé et l'a reconnu

En 2023-2024, Klarna, fintech suédoise, a annoncé remplacer sept cents agents de service client par un assistant IA unique. Le patron, Sebastian Siemiatkowski, a fait le tour des médias avec ce chiffre. L'action a bondi. Les licenciements ont eu lieu.

En 2024, Klarna a dû publiquement faire marche arrière. Qualité du service client dégradée. Perte de clientèle. Le PDG a reconnu avoir poussé trop loin. L'entreprise recrute à nouveau des humains en masse, et redéploie l'IA en support, plus en remplacement.

Deux sociétés, deux approches, deux résultats. Alan a gardé les humains et amplifié leur valeur. Klarna a cru remplacer. Elle a perdu la confiance.

Ce qu'Alan nous apprend, concrètement

D'abord, le diagnostic. Alan n'a pas déployé l'IA partout pour faire joli. Ils ont cartographié chaque processus de la société, en partant du besoin utilisateur. Ils ont identifié où l'IA ajoutait de la valeur et où elle en détruisait. Sur certains sujets médicaux sensibles, l'IA est bannie. Sur d'autres, elle est obligatoire.

Ensuite, la transparence. Chaque membre qui interagit avec Mo sait qu'il parle à un agent. Il peut demander à tout moment la relecture humaine. Cette transparence construit la confiance, et la confiance construit l'adoption.

Enfin, la formation. Alan consacre un budget significatif à former ses six cents salariés à l'IA. Pas à l'utiliser, tout le monde sait cliquer. À la questionner. À la corriger. À savoir quand ne pas l'écouter. Cet investissement est le vrai levier.

Le Stanford AI Index 2026 confirme cette intuition. Soixante-treize pour cent des experts IA pensent que l'impact global sera positif sur l'emploi. Contre vingt-trois pour cent du grand public. Le fossé est énorme. Alan est dans le camp des experts, par la pratique.

Ce que vous pouvez en tirer, si vous dirigez une structure

Ne commencez pas par demander combien d'emplois vous pourrez supprimer avec l'IA. Ce raisonnement est celui de Klarna. Il mène à un désastre de réputation et de qualité.

Commencez par demander combien de valeur vous pouvez créer par personne. Combien d'heures de bullshit administratif vous pouvez alléger. Combien de cas complexes, autrefois noyés dans la routine, vous pouvez désormais traiter avec soin.

Si vous faites ce travail correctement, vous ferez comme Alan. Vous garderez vos gens. Vous les rendrez plus puissants. Vous grandirez. Et vous recruterez.

L'IA ne supprime pas les emplois. Les dirigeants qui ne comprennent pas l'IA suppriment les emplois. C'est une nuance qui change tout.

. Alexandre Ferran

← Retour aux articles Prenons 30 minutes